Prix de l'essence : pourquoi les avancées houthies au Yémen pèsent sur le pétrole
Les houthis consolident leur contrôle du détroit de Bab el-Mandeb. Brent au-dessus de 105 $, diesel en hausse : analyse des risques pour les prix à la pompe.
Source: NPR
Le détroit de Bab el-Mandeb, passage obligé entre la mer Rouge et le golfe d'Aden, vient de changer de main sur une portion décisive. En quelques jours, les rebelles houthis soutenus par l'Iran ont chassé les forces yéménites alignées sur Riyad d'une bande côtière stratégique, s'emparant du port de Mokha et de l'île de Mayun, aussi appelée Périm. Pour les automobilistes européens comme pour les industriels, cette avancée n'est pas un épisode lointain : elle se traduit déjà par des prix du brut et du diesel en forte hausse.

Les faits essentiels
- Prise de Mokha et de Périm. Selon les déclarations des houthis et d'un commandant yéménite rival cité par l'Associated Press, les combattants ont pris le contrôle de la ville portuaire de Mokha, située juste au nord du détroit, ainsi que de l'île désertique de Mayun. Des vidéos diffusées par des chaînes arabes montrent des soldats yéménites abandonnant leurs véhicules.
- Six districts évacués. Un communiqué houthi affirme que ses combattants ont expulsé les troupes pro-saoudiennes de six districts des gouvernorats de Taïz et de Hodeïda, libérant des prisonniers au passage. Il s'agit d'une progression territoriale rare après des années de trêve fragile.
- Une « blockade pour une blockade ». Le dirigeant houthi Mohammed Bukthi explique à NPR que ces attaques répondent au blocus imposé depuis des années par Riyad aux zones tenues par les houthis, qu'il rend responsable de morts par famine. Il assure ne pas viser la navigation internationale, seulement les cibles saoudiennes.
- Flambée du Brent. En parallèle d'un nouvel échange de tirs entre les États-Unis et l'Iran dans le golfe Persique, le Brent a brièvement dépassé 108 dollars le baril avant de se stabiliser autour de 105 dollars. Le cabinet londonien Capital Economics avertit que le risque de nouvelles hausses reste élevé.
- Essence et diesel en hausse aux États-Unis. L'AAA indique une progression de plus de 34 % sur un an pour l'essence, à près de 4,30 dollars le gallon, et de plus de 63 % pour le diesel, à environ 6,06 dollars. Ces niveaux se répercutent sur le fret et l'agriculture, donc sur les prix alimentaires.
- Exportations saoudiennes au plus bas. Les données de la société d'analyse maritime Kpler montrent que l'Arabie saoudite n'a exporté que 3,2 millions de barils par jour le mois dernier, son plus faible niveau depuis plus de dix ans.
- Infrastructures énergétiques visées. Une image du satellite européen Copernicus Sentinel-3, examinée par NPR, montre un incendie près de l'extrémité ouest de l'oléoduc est-ouest que Riyad utilisait pour contourner le détroit d'Ormuz.
- 18 500 déplacés. L'Organisation internationale pour les migrations de l'ONU recense au moins 18 500 personnes déplacées par les combats récents pour le contrôle de Mokha et de la côte ouest du Yémen.

Analyse : un choc d'offre qui s'installe dans la durée
Ce qui se joue au Yémen dépasse largement le cadre d'un conflit régional oublié. Nous assistons à la conjonction de deux goulots d'étranglement simultanés : le détroit d'Ormuz, principal exutoire des exportations saoudiennes, et Bab el-Mandeb, route de secours vers la mer Rouge. Quand les deux se ferment ou deviennent risqués, la marge de manœuvre de Riyad se réduit à des itinéraires bien plus longs et coûteux, via le canal de Suez, la Méditerranée puis le tour de l'Afrique pour atteindre les acheteurs asiatiques. Chaque jour de trajet supplémentaire, c'est du carburant brûlé, des primes d'assurance maritime en hausse et des délais qui se répercutent sur toute la chaîne logistique.
La mécanique est d'autant plus préoccupante que l'Arabie saoudite joue traditionnellement le rôle de stabilisateur au sein de l'OPEP. Avec des exportations contraintes, cette fonction d'amortisseur s'affaiblit au moment précis où d'autres producteurs du Golfe peinent eux aussi à acheminer leurs hydrocarbures. Les pays importateurs puisent donc dans leurs réserves stratégiques, ce qui soutient artificiellement les cours mais épuise les marges de sécurité. Pour l'Europe, très dépendante du diesel importé, l'effet est direct : le gazole professionnel, carburant du transport routier et de l'agriculture, est le premier touché, avec un risque inflationniste différé sur les prix alimentaires.
Un autre élément mérite attention : l'Iran propose qu'Oman accueille lundi une réunion avec les pays arabes du Golfe et l'Irak pour discuter d'un mécanisme autorisant le passage des navires dans le détroit d'Ormuz avec son accord, moyennant d'éventuels frais de service. Washington rejette cette idée, mais sa simple existence révèle une tendance de fond : la militarisation progressive des routes maritimes et l'émergence de péages de fait. Si ce modèle s'installe, le coût du transport pétrolier intégrera durablement une prime de risque géopolitique, indépendamment de l'offre et de la demande réelles.
Enfin, il faut mesurer la dimension humanitaire, souvent reléguée au second plan. Onze ans après l'intervention de la coalition menée par Riyad pour rétablir le gouvernement yéménite, les houthis contrôlent toujours Sanaa. Les déplacés affluent vers des sites d'accueil déjà dépourvus de vivres et d'abris. Cette instabilité prolongée rend improbable toute normalisation rapide du trafic en mer Rouge, ce qui signifie que la prime de risque sur le brut pourrait rester élevée plusieurs trimestres. Pour les ménages français, la prudence s'impose : les prix à la pompe dépendent désormais autant des négociations diplomatiques que des décisions de l'OPEP.

Questions fréquentes
Pourquoi les combats au Yémen font-ils monter le prix de l'essence en France ? Parce que le Yémen borde le détroit de Bab el-Mandeb, par lequel transite une part importante du pétrole mondial. Quand ce passage devient risqué, les tankers empruntent des routes plus longues et plus coûteuses, ce qui réduit l'offre disponible et fait grimper les cours du Brent, référence utilisée pour fixer les prix en Europe.
Les houthis attaquent-ils les navires européens ? Le mouvement affirme ne viser que les cibles saoudiennes et non la navigation internationale. Toutefois, la confusion et les risques d'erreur dans une zone militarisée poussent les armateurs à la prudence, ce qui suffit à renchérir les assurances et à détourner les trajets.
Source: https://www.npr.org/2026/09/11/nx-s1-5966379/houthi-gains-gas-prices
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