Sommet des BRICS en Inde : Xi Jinping et la stratégie du Sud global
Xi Jinping a participé au 18e sommet des BRICS à New Delhi. Analyse des objectifs stratégiques, du rôle de la Chine et de la relance des relations sino-indiennes.
Source: thepaper.cn
En septembre 2026, la diplomatie chinoise a enchaîné deux sommets majeurs en quelques jours : l'Organisation de coopération de Shanghai, puis les BRICS à New Delhi. Ce déplacement de Xi Jinping en Inde, le premier du genre depuis des années, marque un tournant pour la coopération entre les pays du Sud global et redessine les équilibres diplomatiques en Asie du Sud. Comprendre cette visite, c'est saisir les lignes de force d'un monde de plus en plus multipolaire.
Points clés de la visite
- Un déplacement éclair mais dense : Xi Jinping est resté moins de 24 heures à New Delhi, mais a participé à près de dix événements, dont un entretien bilatéral approfondi avec le Premier ministre indien Narendra Modi. Cette densité illustre la priorité accordée à la région.
- Trois objectifs stratégiques affichés : renforcer l'efficacité de la coopération des BRICS, donner plus de poids au Sud global, et orienter les relations sino-indiennes. Ces trois axes structurent l'ensemble du message officiel.
- Les « quatre pionniers » : Xi Jinping a appelé les BRICS à être pionniers de l'innovation, de la paix et de la stabilité, du dialogue entre civilisations et de la réforme de la gouvernance mondiale. Cette formule vise à rehausser le positionnement stratégique du groupe.
- Un anniversaire symbolique : les BRICS célèbrent vingt ans d'existence depuis la première rencontre des ministres des Affaires étrangères en marge de l'Assemblée générale de l'ONU. La Chine a assuré trois fois la présidence et s'apprête à reprendre le flambeau pour un quatrième « mandat chinois » en 2027.
- Des initiatives concrètes sur l'intelligence artificielle : Pékin propose de créer une zone dédiée à l'IA open source, une plateforme cloud pour les industries numériques et un programme d'échanges scientifiques pour les jeunes des pays membres.
- La relance sino-indienne : les deux dirigeants se sont rencontrés pour la troisième année consécutive. Le message central : être partenaires plutôt qu'adversaires, et ne pas laisser le différend frontalier dominer l'agenda bilatéral.
- Un discours tourné vers le Sud global : Xi Jinping a plaidé pour le respect du droit international, la défense du multilatéralisme, la mise en œuvre des objectifs de développement durable de l'ONU et une gouvernance de sécurité commune.
Analyse approfondie
Cette visite s'inscrit dans une séquence diplomatique soigneusement orchestrée. En enchaînant les sommets de l'OCS puis des BRICS, Pékin cherche à démontrer qu'il reste le pivot des coalitions du Sud, malgré les tensions commerciales et technologiques avec les économies avancées. Le choix de l'Inde comme hôte n'est pas anodin : New Delhi est à la fois un rival stratégique et un partenaire indispensable pour toute architecture multipolaire crédible.
Sur le plan économique, les propositions chinoises en matière d'intelligence artificielle traduisent une stratégie de long terme. Plutôt que de verrouiller la technologie, Pékin mise sur des standards ouverts et des biens publics numériques pour fidéliser les pays en développement. Cette approche contraste avec les politiques de contrôle des exportations menées ailleurs et vise à éviter ce que les responsables chinois appellent une « nouvelle injustice historique » dans l'accès aux technologies de pointe.
La dimension indienne mérite une attention particulière. La normalisation des relations entre les deux géants asiatiques, après des années de tension, modifie l'équation régionale. Pour l'Inde, l'enjeu est de préserver son autonomie stratégique tout en profitant des opportunités économiques. Pour la Chine, il s'agit de sécuriser sa périphérie méridionale et de dissuader toute tentative d'endiguement régional. Les deux pays représentent ensemble plus de 2,8 milliards d'habitants, ce qui confère à leur rapprochement une portée mondiale.
Reste que les obstacles demeurent. Le différend frontalier n'est pas résolu, et la méfiance mutuelle reste profonde. La formule employée par les responsables chinois — placer la question frontalière « à une position appropriée » dans la relation bilatérale — suggère une gestion pragmatique plutôt qu'un règlement définitif. La durabilité de cette détente dépendra de la capacité des deux capitales à maintenir le dialogue à haut niveau et à contenir les incidents locaux.
À plus long terme, cette séquence confirme la montée en puissance du Sud global comme acteur structurant des relations internationales. Les BRICS, élargis à de nouveaux membres, cherchent à peser davantage dans les institutions financières et politiques mondiales. La présidence chinoise de 2027 sera un test décisif : elle devra transformer les déclarations d'intention en résultats tangibles, notamment sur le financement du développement, la transition énergétique et la gouvernance numérique. Pour les observateurs européens et français, ces évolutions appellent une réflexion sur la manière de dialoguer avec un Sud global de plus en plus affirmé, sans le réduire à un simple terrain d'affrontement entre grandes puissances.
Questions fréquentes
Pourquoi la visite de Xi Jinping en Inde est-elle considérée comme historique ? Il s'agit de la troisième rencontre consécutive entre les dirigeants chinois et indiens, dans un contexte de réchauffement après des années de tensions frontalières. Elle symbolise la volonté de stabiliser une relation bilatérale qui pèse sur l'ensemble de l'Asie.
Quels sont les enjeux concrets des propositions chinoises sur l'intelligence artificielle ? En proposant des plateformes open source et des programmes de coopération scientifique, la Chine cherche à devenir un fournisseur de technologies accessibles pour les pays du Sud. Cela lui permet d'étendre son influence normative dans un secteur stratégique.
Quel rôle la France peut-elle jouer face à cette dynamique ? La France, comme d'autres pays européens, est appelée à repenser son partenariat avec les pays du Sud global. Plutôt que de choisir entre confrontation et alignement, elle peut promouvoir des coopérations sectorielles équilibrées, notamment sur le climat, la santé et la gouvernance numérique.
Source: https://www.thepaper.cn/newsDetail_forward_34062704
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