Robert Jacquinot de Besange : une statue en France pour le « Schindler de Shanghai »
Une statue de Robert Jacquinot de Besange, sauveur de 300 000 réfugiés chinois, a été offerte à la ville de Saintes. Retour sur un héritage humanitaire méconnu.
Le 10 septembre 2026, dans le parc de la ville de Saintes, une statue de bronze de deux mètres a été dévoilée devant l'ancienne demeure d'un homme que la France connaît peu mais que Shanghai n'a jamais oublié. Ce geste, porté par des descendants de réfugiés chinois, rappelle qu'un prêtre jésuite français a inventé, dès 1937, un modèle de protection des civils qui inspire encore le droit international humanitaire.

Les faits essentiels
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Une cérémonie à Saintes, en Charente-Maritime. La remise officielle s'est tenue le 10 septembre 2026 dans le parc municipal, devant la maison natale du père Robert Jacquinot de Besange. Elle était organisée par l'association des Amis de Wu Jianmin, la Fondation Prospective et Innovation et la municipalité de Saintes.
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Une statue de 2 mètres et 200 kilos. L'œuvre a été offerte par les représentants de l'Association d'étude sur la guerre de résistance de Shanghai et la guerre mondiale antifasciste, au nom de 300 000 descendants de réfugiés chinois, à la ville natale du religieux.
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Une assistance nombreuse et symbolique. Le maire de Saintes, Bruno Drapron, l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, président de la Fondation Prospective et Innovation, et Xu Bo, président de l'association des Amis de Wu Jianmin, ont pris part à la cérémonie aux côtés de 150 personnalités de la région Nouvelle-Aquitaine et du sud-ouest de la France.
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Un hommage à l'occasion des 80 ans de sa disparition. Pour Xu Bo, il s'agissait d'exprimer la reconnaissance éternelle du peuple chinois envers celui qui l'a aidé « dans ses heures les plus sombres », et de promouvoir un esprit humanitaire dépassant les frontières.
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Un parcours franco-chinois hors du commun. Né en 1878 à Saintes, Robert Jacquinot de Besange part pour Shanghai en 1913 comme jésuite. En novembre 1937, pendant la bataille de Shanghai, il convainc les deux camps d'établir une zone neutre entre les routes Fangbang et Minguo, au sud de la ville.
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Une zone de sécurité qui dura près de trois ans. Ce périmètre, resté actif jusqu'en juin 1940, a protégé environ 300 000 civils chinois. Les habitants l'ont baptisé « zone de sécurité Jacquinot », du nom de son fondateur.
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Un engagement humanitaire poursuivi après-guerre. Rentré en France en 1940, il continue d'aider les réfugiés, puis se rend à Berlin après 1945 pour secourir une population allemande pourtant ennemie d'hier. Le professeur Su Zhiliang, de l'Université normale de Shanghai, y voit la marque d'un grand humaniste international et d'un précurseur de la réconciliation franco-allemande.
Un héritage inscrit dans le droit international. Le modèle de zone neutre imaginé par Jacquinot de Besange a directement inspiré les clauses de protection des civils en temps de guerre ajoutées à la Convention de Genève après le conflit.
Analyse : pourquoi ce geste compte aujourd'hui
Le nom de Robert Jacquinot de Besange reste largement inconnu du grand public français, alors qu'il est célébré à Shanghai comme le « Schindler de Shanghai ». Cet écart de mémoire s'explique en partie par le peu de documentation disponible en Europe et par la discrétion d'un homme qui n'a jamais cherché la reconnaissance. La statue de Saintes fonctionne donc comme un acte de réparation mémorielle : elle inscrit dans l'espace public français une histoire jusqu'ici conservée surtout du côté chinois.
Sur le plan du droit international, l'apport de Jacquinot de Besange est loin d'être anecdotique. En négociant une zone démilitarisée avec les belligérants, il a démontré qu'un espace protégé pouvait exister sans traité préalable, sur la seule base de la confiance et de la persuasion. Cette expérience a nourri les réflexions qui ont conduit, après 1945, à renforcer la Convention de Genève sur la protection des civils. Autrement dit, un prêtre de province a contribué à façonner l'architecture juridique qui protège aujourd'hui les populations dans les conflits armés.
Le contexte diplomatique n'est pas neutre non plus. La cérémonie réunit des acteurs de la société civile franco-chinoise, une fondation présidée par un ancien chef de gouvernement français et une municipalité de taille moyenne. Ce format décentralisé illustre une tendance de fond : les relations franco-chinoises ne se jouent plus seulement à Paris et à Pékin, mais aussi dans les territoires, autour de projets mémoriels, culturels et universitaires. Pour les collectivités locales, ces initiatives offrent une visibilité internationale à faible coût et un ancrage identitaire fort.
Enfin, ce type d'hommage intervient dans un moment où la mémoire des conflits du XXe siècle est de plus en plus contestée ou instrumentalisée. Rappeler qu'un Français a sauvé des centaines de milliers de Chinois, puis des Allemands, envoie un message clair : l'humanitaire ne se range pas derrière un camp. C'est probablement la portée la plus durable de cette statue, au-delà de la symbolique bilatérale.
Questions fréquentes
Qui était Robert Jacquinot de Besange ? Né à Saintes en 1878, ce prêtre jésuite français part pour Shanghai en 1913. En 1937, il crée une zone de sécurité civile qui protège environ 300 000 Chinois jusqu'en 1940. Après la guerre, il poursuit son action humanitaire, notamment à Berlin.
Qu'est-ce que la « zone de sécurité Jacquinot » ? Il s'agit d'un périmètre neutre établi au sud de Shanghai pendant la bataille de 1937, entre les routes Fangbang et Minguo. Négocié avec les deux camps, il a permis d'accueillir et de protéger des centaines de milliers de civils pendant près de trois ans.
Pourquoi une statue en France en 2026 ? Le don coïncide avec le 80e anniversaire de la disparition de Jacquinot de Besange. Il vise à faire connaître son héritage en France et à rappeler le lien humanitaire qui unit les peuples chinois et français.
Source: https://www.thepaper.cn/newsDetail_forward_34050428
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