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Sanctions contre l'Iran : la douleur économique ne mène pas à la soumission

Analyse des nouvelles sanctions américaines contre l'Iran : leur efficacité limitée, la résilience économique iranienne et les risques d'escalade régionale.

Alors que les États-Unis intensifient leur pression économique sur l'Iran avec l'opération « Economic Outcast », les espoirs de voir Téhéran céder sous le poids des sanctions semblent irréalistes. Les experts interrogés par The Paper soulignent que la douleur économique ne se traduit pas automatiquement en compromis politique. Dans ce contexte de guerre économique prolongée, quels sont les véritables enjeux et les issues possibles ?

Points clés

  • L'opération « Economic Outcast » : Annoncée le 24 août, elle étend les sanctions à l'aviation, aux actifs numériques, à l'or, au transport maritime et aux technologies, touchant environ 60 entités iraniennes. Cependant, selon Nader Habibi, professeur d'économie du Moyen-Orient à l'Université Brandeis, ces secteurs étaient déjà largement sanctionnés. La nouveauté réside dans le renforcement de l'exécution et l'extension des sanctions secondaires.

  • L'efficacité limitée des sanctions : Les experts estiment que ces mesures ne seront que partiellement efficaces. La Chine a déjà annoncé qu'elle ignorerait ces sanctions, et la Russie utilisera des cryptomonnaies pour contourner le dollar. La Turquie, dépendante du gaz iranien, aura des difficultés à se conformer pleinement.

  • La résilience économique iranienne : L'Iran a développé depuis des décennies des réseaux de contournement, notamment via des sociétés écrans et du commerce souterrain. L'économie iranienne est diversifiée, le pétrole ne représentant que 20 à 25 % du PIB, ce qui lui permet de résister partiellement.

  • Les coûts humains élevés : L'inflation dépasse 100 % sur un an, la monnaie a perdu plus de 50 % de sa valeur, et environ 750 000 emplois ont été perdus. Ces chiffres illustrent la pression économique réelle, mais ils ne suffisent pas à provoquer une capitulation politique.

  • Le rôle clé de la Chine : Les experts s'accordent à dire que la véritable épreuve pour les sanctions américaines est la Chine. Si Washington ne sanctionne pas les grandes banques et raffineries chinoises, la stratégie américaine comporte une faille majeure.

  • Les capacités de rétorsion iraniennes : L'Iran peut encore menacer le détroit d'Ormuz, les infrastructures énergétiques régionales, et les pays qui appliquent les sanctions, comme les Émirats arabes unis. Ces menaces pourraient déclencher de nouveaux conflits militaires.

  • La position des alliés américains : Les pays du Golfe, vulnérables à la pression financière américaine, se conformeront probablement, mais chercheront des exemptions. L'Oman, médiateur traditionnel, aura du mal à appliquer pleinement les sanctions.

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Analyse approfondie

La stratégie américaine repose sur l'idée que la pression économique finira par forcer l'Iran à faire des concessions. Cependant, comme le souligne Alex Vatanka, chercheur au Middle East Institute, les dirigeants iraniens ont appris à supporter la douleur économique, car ils craignent que toute concession ne mène à des demandes supplémentaires de la part des États-Unis. Cette méfiance historique rend peu probable une capitulation rapide.

De plus, la guerre économique actuelle pourrait avoir l'effet inverse : renforcer le récit de la résistance en Iran. Le régime peut présenter les difficultés économiques comme le résultat d'une agression américaine, justifiant ainsi la répression interne et l'unité nationale. La question clé est de savoir qui les Iraniens tiendront pour responsable : Washington ou leur propre gouvernement.

Le conflit semble passer d'une phase militaire à une guerre d'usure économique. Les États-Unis disposent de ressources supérieures, mais l'Iran a une capacité étonnante à endurer et à infliger des coûts à l'économie mondiale via le détroit d'Ormuz. Le résultat dépendra moins des ressources que de la volonté politique des deux camps à supporter les coûts à long terme.

Par ailleurs, la région entre dans une phase multipolaire. Les États-Unis restent la puissance militaire dominante, mais leur influence n'est plus aussi décisive. La Chine, la Turquie et d'autres acteurs jouent un rôle diplomatique croissant. L'Iran, bien qu'affaibli, a démontré sa capacité à résister, mais il est peu probable qu'il devienne la puissance dominante.

FAQ

Les sanctions américaines peuvent-elles vraiment faire plier l'Iran ?

Les experts sont sceptiques. L'Iran a survécu à des décennies de sanctions et a développé des mécanismes de contournement. La douleur économique ne se traduit pas automatiquement en concessions politiques, surtout si les dirigeants iraniens estiment que les concessions ne mèneront pas à un allègement crédible des sanctions.

Quel est le rôle de la Chine dans cette confrontation ?

La Chine est un acteur crucial. Elle a annoncé qu'elle ignorerait les sanctions américaines, ce qui crée une faille majeure dans la stratégie américaine. Les États-Unis hésitent à sanctionner les grandes institutions financières chinoises, car cela pourrait déclencher des représailles économiques.

La guerre économique va-t-elle déboucher sur une nouvelle escalade militaire ?

Le risque est réel. Si l'Iran est acculé économiquement, il pourrait recourir à des actions militaires contre les pays appliquant les sanctions, comme les Émirats arabes unis. Cela pourrait provoquer une nouvelle confrontation avec les États-Unis. Les experts estiment que la possibilité d'une escalade reste élevée à long terme.

Source: https://www.thepaper.cn/newsDetail_forward_33984487

Tags

#Iran#sanctions#Etats-Unis#economie#geopolitique#Moyen-Orient

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