Déclaration de New Delhi : les BRICS élargis redessinent la gouvernance mondiale
Analyse de la déclaration du 18e sommet des BRICS à New Delhi : réforme de l'ONU, du FMI et de l'OMC, défis sécuritaires et coopération technologique.
Source: thepaper.cn
Le 18e sommet des BRICS, tenu à New Delhi, intervient à un moment charnière : vingt ans après la fondation du groupe, l'élargissement a transformé un club de cinq économies émergentes en une coalition hétérogène représentant une part significative du PIB et de la population mondiale. La déclaration finale, dense et ambitieuse, ne se contente pas de réaffirmer des principes : elle dessine une feuille de route pour peser sur les institutions héritées de 1945. Pour les lecteurs européens, ce texte mérite une lecture attentive, car il annonce des rapports de force qui toucheront le commerce, le climat et la sécurité.
Points clés de la déclaration
- Réforme du multilatéralisme : les dirigeants réaffirment leur attachement à la Charte des Nations unies et plaident pour un ordre international plus représentatif, démocratique et efficace, fondé sur le principe de consultation élargie. Ils dénoncent les tentatives de déstabilisation des institutions multilatérales par le refus délibéré de contributions financières.
- Élargissement du Conseil de sécurité : le texte soutient une réforme complète de l'ONU, avec une présence accrue des pays en développement, et rappelle les aspirations du Brésil et de l'Inde à un rôle plus important, position déjà défendue par la Chine et la Russie dans les déclarations de Pékin et de Johannesburg.
- Réforme des institutions financières : appel à moderniser les institutions de Bretton Woods, à faire aboutir la 16e révision des quotes-parts du FMI et à engager la 17e, afin que le poids des économies émergentes corresponde à leur poids réel dans l'économie mondiale.
- Commerce et OMC : soutien à une réforme de l'OMC préservant le traitement de la nation la plus favorisée et le traitement spécial et différencié, avec rétablissement immédiat d'un mécanisme de règlement des différends à deux niveaux pleinement opérationnel.
- Critique des mesures unilatérales : inquiétude face à la multiplication des droits de douane et barrières non tarifaires, y compris les mécanismes d'ajustement carbone aux frontières, jugés contraires au droit international et susceptibles de pénaliser les pays en développement.
- Sécurité internationale : appel à la retenue au Moyen-Orient et en Asie occidentale, défense du principe de sécurité indivisible, préoccupation face à la hausse des dépenses militaires mondiales et aux risques nucléaires, et demande de levée du blocus contre Cuba.
- Technologies et économie durable : coopération sur l'intelligence artificielle, les réseaux futurs, les câbles sous-marins, les paiements transfrontaliers et les zones économiques spéciales, avec un accent sur les PME et la nouvelle révolution industrielle.
- Climat et biodiversité : réaffirmation de l'Accord de Paris selon le principe des responsabilités communes mais différenciées, et soutien au fonds Kunming pour la biodiversité, avec un appel aux pays développés pour un financement prévisible.
Analyse approfondie
La portée de cette déclaration dépasse le rituel diplomatique. D'abord, elle consolide l'idée que le « Sud global » n'est plus une catégorie rhétorique mais un acteur institutionnel : en réclamant des quotes-parts du FMI ajustées et un Conseil de sécurité élargi, les BRICS posent une question de légitimité qui divisera durablement les Occidentaux. Ensuite, le texte cible explicitement les mécanismes d'ajustement carbone aux frontières, ce qui annonce des tensions commerciales croissantes entre l'Union européenne et les économies émergentes : Bruxelles devra défendre la compatibilité de son instrument avec les règles de l'OMC, faute de quoi la contestation gagnera en force. Troisièmement, l'accent mis sur les infrastructures numériques — câbles sous-marins, réseaux futurs, paiements transfrontaliers — révèle une volonté de réduire la dépendance aux systèmes occidentaux, une forme de souveraineté technologique qui pourrait fragmenter l'internet mondial. Enfin, la mention de la présidence chinoise en 2027 signale une continuité stratégique : Pékin utilisera cette tribune pour institutionnaliser ses initiatives, du fonds Kunming à la gouvernance de l'IA. Pour les entreprises françaises, l'enjeu est double : saisir les opportunités dans les zones économiques spéciales et la transition énergétique, tout en anticipant une concurrence normative accrue. La dynamique des BRICS élargis ne signifie pas un bloc anti-occidental homogène — les intérêts entre l'Inde, le Brésil et la Chine divergent — mais elle installe une négociation permanente sur les règles du jeu mondial.
Questions fréquentes
Les BRICS forment-ils une alliance contre l'Occident ? Non, il s'agit d'une coalition hétérogène aux intérêts divergents. La déclaration insiste sur le multilatéralisme et la réforme, non sur la confrontation, même si certaines formulations critiquent les mesures unilatérales.
Quel impact pour le commerce européen ? Les critiques contre les droits de douane et le mécanisme d'ajustement carbone annoncent des contentieux à l'OMC. Les exportateurs européens doivent anticiper des exigences de conformité et une concurrence accrue sur les marchés du Sud.
Pourquoi la présidence chinoise de 2027 est-elle importante ? Elle permettra à Pékin de transformer des propositions en institutions concrètes, notamment sur l'IA, la biodiversité et les paiements transfrontaliers, renforçant son rôle de pivot dans la gouvernance du Sud global.
Source: https://www.thepaper.cn/newsDetail_forward_34058827
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