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Afghanistan sous les talibans : une croissance économique qui masque la crise humanitaire

Cinq ans après le retour des talibans, le PIB afghan augmente mais la population s'appauvrit. Analyse des causes : sanctions, exode, conflits régionaux et défis pour l'avenir.

Cela fait cinq ans que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan, promettant paix et prospérité. Pourtant, derrière les chiffres d'une croissance économique timide, la réalité quotidienne des Afghans est celle d'une crise humanitaire profonde. Entre le retour massif de réfugiés, la chute de l'aide internationale et les conflits régionaux, le pays est à la croisée des chemins. Cet article explore les paradoxes de cette économie sous perfusion et les défis structurels qui entravent tout développement durable.

Scène de rue à Kaboul

Les paradoxes de la croissance

  • Une croissance en trompe-l'œil : Le PIB afghan a connu une légère reprise d'environ 4,8 % en 2025, portée par la consommation privée et les activités non agricoles. Cependant, cette croissance ne profite pas à la majorité de la population, car le PIB réel par habitant a chuté de 5,6 % en raison de la sécheresse, des séismes et de la réduction drastique de l'aide étrangère.

  • Un marché du travail sinistré : Avec un taux de chômage officiel de 13,35 % en 2025, la réalité est bien plus sombre. Les coupes dans les projets de développement ont supprimé des milliers d'emplois formels, poussant de nombreux Afghans vers des petits boulots informels et précaires, souvent non comptabilisés dans les statistiques.

  • Le poids des retours massifs : Plus de 3 millions d'Afghans sont rentrés d'Iran et du Pakistan en 2025, fuyant les expulsions et les tensions. Ces retours ont saturé un marché du travail déjà fragile, fait grimper les loyers dans les villes et mis à rude épreuve les services publics de base.

  • Une inflation galopante : La fermeture des postes-frontières avec le Pakistan a fait bondir les prix de 40 %. Le riz, denrée de base, est passé de 22 à 39 dollars pour un sac de 10 kg. L'inflation a atteint 7,6 % en mars 2026, rendant l'alimentation de base hors de portée pour de nombreuses familles.

  • Des infrastructures qui se développent, mais pour qui ? : À Kaboul, les constructions fleurissent et les taxis se multiplient, signes d'une certaine activité économique. Mais cette vitalité est surtout concentrée dans la capitale, laissant le reste du pays à l'écart, comme à Hérât où le secteur de la construction est à l'arrêt.

  • Un système bancaire paralysé : Les sanctions américaines et le gel de plus de 9 milliards de dollars de réserves étrangères empêchent la banque centrale de stabiliser la monnaie et de faciliter les transactions internationales. Les banques commerciales sont coupées des correspondants étrangers, poussant les échanges vers des circuits informels comme le système "hawala".

Réfugiés afghans de retour

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Analyse : les racines structurelles de la crise

La situation actuelle de l'Afghanistan est le fruit d'une combinaison de facteurs historiques, de pressions externes et de politiques internes. D'un côté, les talibans ont hérité d'un pays déjà fragilisé par des décennies de guerre, avec des institutions faibles et une économie dépendante de l'aide. De l'autre, leur idéologie restrictive, notamment concernant les droits des femmes, a isolé le pays sur la scène internationale, entraînant la suspension de l'aide et le maintien de sanctions.

La croissance économique observée est en réalité une reprise technique après un effondrement, portée par la réouverture de capacités de production inutilisées. Mais cette croissance est fragile et ne pourra pas se poursuivre sans investissements étrangers, sans accès aux technologies et sans une main-d'œuvre qualifiée. L'exclusion des femmes de l'éducation et du travail prive le pays de la moitié de son potentiel humain, un handicap majeur pour tout développement à long terme.

Les conflits régionaux, notamment la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, ont encore aggravé la situation en perturbant les routes commerciales et en augmentant les coûts d'importation. L'Afghanistan, en tant que pays enclavé, dépend de ses voisins pour son commerce, et toute instabilité à ses frontières a des répercussions immédiates sur son économie.

Face à ces défis, les talibans tentent de diversifier leurs partenariats, notamment vers la Chine et l'Iran, mais ces efforts restent limités. Sans une réforme en profondeur des politiques, notamment en matière d'éducation et de droits des femmes, et sans une réintégration dans la communauté internationale, l'Afghanistan risque de rester piégé dans un cycle de pauvreté et d'instabilité.

Questions fréquentes

Quel est l'impact réel de la croissance du PIB sur la vie des Afghans ?

La croissance du PIB est principalement due à des secteurs comme l'exploitation minière et les dépenses publiques, qui ne créent pas suffisamment d'emplois pour la population. La majorité des Afghans ne ressentent aucun bénéfice, car les prix augmentent plus vite que les revenus, et l'aide humanitaire diminue.

Pourquoi les talibans ne parviennent-ils pas à attirer les investissements étrangers ?

Les sanctions internationales, le manque de reconnaissance diplomatique et les restrictions sur les droits des femmes dissuadent les investisseurs. De plus, le système bancaire est paralysé, rendant difficile les transactions financières. Les investisseurs potentiels craignent également l'instabilité politique et sécuritaire.

Quelles sont les perspectives pour l'économie afghane à moyen terme ?

Les perspectives restent sombres. La Banque mondiale prévoit une croissance d'environ 4 % en 2026, mais elle pourrait être plus faible si les conflits régionaux persistent. Sans une levée des sanctions et une réintégration dans le système financier mondial, l'Afghanistan continuera de dépendre de l'aide humanitaire et de l'économie informelle.

Enfants afghans à l'école

Source: https://www.thepaper.cn/newsDetail_forward_34030816

Tags

#afghanistan#talibans#économie#crise humanitaire#sanctions#retour des réfugiés

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